L'ENFANCE - TÉMOIGNAGE DU COLONEL JACOB KANE.
« L'enfance de Kathy a été relativement candide, quoique parfois animée. Moi et ma défunte femme étant militaires, nous voyagions de part le monde, là où nos différentes mutations nous portaient. J'étais souvent absent et ne participais que très peu à la vie familiale, mais d'après mes souvenirs, les jumelles ne semblaient pas particulièrement détester ces changements d'environnements constants.
Katherine avait effectivement une jumelle : Elizabeth. Elles ne pouvaient pas réellement se lier d'amitié avec les autres enfants à cause de nos déplacements intempestifs, alors elles restaient toujours ensembles. Inséparables. Elles partageaient tout, allant de la coupe de cheveux aux vêtements, en passant évidemment par les mimiques et les secrets. Elles entretenaient des rapports extrêmement forts et étaient même presque capables de deviner ce à quoi pensait l'autre. Les différencier relevait du domaine du divin. Seule Gabrielle, leur mère, réussissait la chose sans mal. Je peux sans aucun doute affirmer que nous vivions une existence paisible, ponctuée régulièrement de célébrations traditionnelles juives. Car oui, depuis de nombreuses années, la famille Kane avait adopté le judaïsme non orthodoxe.
Du moins, le terme "existence paisible" reste valable jusqu'au jour où des fanatiques religieux ont enlevé ma femme et choisi mes deux filles en tant que sacrifices. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour mener une opération de sauvetage expéditive et drastique, mais malgré mes efforts et ceux de mes hommes, nous n'avons pas réussi à arriver à temps. Le cadavre de Gabrielle gisait déjà dans une flaque de sang. Quant à Elizabeth, je n'ai pas réussi à retrouver son corps. Certains des soldats qui m'accompagnaient m'ont dit avoir cru voir celle-ci se faire prendre entre deux feux, sa dépouille amochée à terre. J'ai cependant l'étrange conviction qu'elle est en vie et continue désespérément de la chercher. Je n'ai néanmoins jamais eu le courage de donner de faux espoirs à Katherine, qui croit aujourd'hui encore que sa sœur est morte il y a vingt ans de cela.
Cet évènement a traumatisé la petite, qui s'est longtemps emmurée dans un profond silence, avant de m'annoncer avec détermination qu'elle souhaitait plus que tout s'engager pour combattre les organisations criminelles. Elle s'est faite enrôler dès qu'elle en a eu l'âge. Je savais que ça arriverait, Kathy avait toujours voulu devenir militaire. Mais ses convictions et ses motivations venaient d'être renforcées par la mort tragique de sa mère et sa jumelle. Et je l'ai toujours soutenue dans le moindre de ses choix. »
LE SERVICE - TÉMOIGNAGE DE SOPHIE MOORE.
« C'était la meilleure. Genre, vraiment la meilleure. Ce que Katherine entreprenait, elle le réussissait. Et évidemment, elle avait d'énormes prédispositions pour les domaines physiques. Mais elle avait aussi cette rage de vaincre et cette détermination sans failles. C'est d'ailleurs ce qui a dû m'attirer en premier chez elle. Cette force de caractère.
Je me souviens de notre rencontre comme si c'était hier. Oui, je marchais avec des cartons plein les bras, le téléphone scotché à l'oreille, sans trop faire attention à ce qui se passait. Et il a fallut que je lui fonce dessus. C'est super cliché, je sais, mais bon. Enfin bref, elle m'a aidé à tout ramasser, puis à amener les cartons dans le dépôt. Je n'ai rien dit durant la durée du trajet. En fait, à l'époque, Kathy et son charisme écrasant m'intimidaient beaucoup. C'était le genre de personne qu'on aimait admirer de loin. Lorsqu'on a eu fini de transporter les cartons, elle a lâché un "tu sais, j'ai jamais bouffé personne" et est partie en m'adressant un sourire accompagné d'un signe de la main. Il s'est avéré que le soir même, je me suis retrouvée dans la même chambre que Katherine. Le fruit du hasard a effectivement voulu qu'elle soit assignée à cette chambre. MA chambre.
A partir de là, on a appris à se connaître, et un soir, elle a pris l'initiative de m'embrasser. Je l'ai baffée, dans un premier temps. C'était... Bizarre, pour moi qui avait jusque là été une hétéro. Mais elle n'a pas lâché le morceau. Et j'ai finalement cédé au bout du troisième jour. Entre ces bras, je me sentais... Spéciale. J'avais comme l'impression d'être la femme la plus aimée du monde. Malheureusement, le fameux
don't ask, don't tell nous obligeait à nous voir en cachette. Et malgré notre vigilance et toutes les précautions prises, quelqu'un nous a pris sur le fait et a envoyé les photos anonymement à notre supérieur. On ne distinguait pas mon visage sur les clichés, d'après les bruits de couloirs. Juste celui de Katherine. Et la raison devint vite claire à mes yeux : on avait voulu mettre la plus douée hors-course car LA promotion qu'il fallait absolument obtenir était à pourvoir. Et avec Kathy en jeu, autant dire que c'était comme concourir hors-compétition.
Elle a fait ses bagages et a quitté la caserne peu de temps après l'envoi des clichés. J'ai continué à servir l'armée malgré tout et ne l'ai jamais revu depuis. Elle a peut-être voulu me contacter. Je ne sais pas. Mais elle devait savoir que m'envoyer des lettres ou me téléphoner conduirait mes supérieurs à me soupçonner d'être l'autre personne qu'on retrouvait sur les photos. »
LA DÉCHÉANCE - TÉMOIGNAGE DE CATHERINE HAMILTON/KANE.
« Je venais de me marier avec Jake lorsque Kathy a commencé à... Littéralement ne rien faire de sa vie. Nous ne nous entendions pas si mal, mais la voir dans un tel état avait tendance à me désoler. Je comprenais les raisons d'un tel comportement, évidemment. Elle avait toujours souhaité devenir militaire, et maintenant qu'elle venait de se faire congédier, elle ne possédait plus aucun but dans la vie. Ça devait être dur.
Katherine voulait vaguement reprendre les études, elle l'a fait, avant de s'essayer à la musique. Elle a appris à jouer de la guitare. Elle s'est longtemps cherchée. Finalement, elle en a juste conclu que maintenant que son père était riche, elle pouvait se permettre de ne rien faire. A vrai dire, notre mariage avait fait du colonel Kane un homme fortuné. Je suis effectivement l'heureuse propriétaire des fameuses entreprises Hamilton. Enfin. Elle a commencé à faire scandale dans la presse, traînant dans des bars et des boîtes de nuit huppés. Elle buvait énormément, ramenait une fille différente chaque nuit, et conduisait outrageusement vite. C'était d'autant plus gênant que Kathy ne conduisait que de gros véhicules aux moteurs rugissant à deux milles décibels (façon de parler, bien entendu).
Et ce qui devait arriver arriva : elle s'est faite arrêtée alors qu'elle rentrait à la maison. On nous l'a conduite jusqu'à la porte, comme une adolescente en fugue. Je crois que Katherine et la policière, Renee Montoya, sont devenues amies par la suite. Jake et moi-même soupçonnions une relation entre elles. Oui, Kathy était devenue plus sage, quoique toujours fêtarde, et les files ne défilaient plus dans nos couloirs. Nous ne lui avons jamais fait la remarque cependant. C'était inutile et de toutes les façons, ça n'a pas duré, puisqu'un soir, Renee est partie du manoir en furie. Kathy en a été très affectée. Je l'ai vu scotchée au téléphone des jours durant. Au final, elle a juste repris ses mauvaises habitudes, sa vie reprenant tranquillement la dérive là où elle s'était arrêtée. »
L'ILLUMINATION - TÉMOIGNAGE DE KATHERINE KANE.
« Je m'enfonçais toujours plus profondément. Renee venait de me quitter, non seulement à cause de nos styles de vie trop différents et de nos disputes sur le sujet, mais également parce que je venais de mettre fin à mes études sans lui en avoir touché un mot. Elle ne me reprochait pas tant de ne pas lui avoir parlé (quoi qu'elle aurait préféré), mais plutôt de rendre ma vie encore plus sans intérêt qu'elle ne l'était déjà. Je venais de perdre l'amour de ma vie.
Un soir, alors que j'étais tranquillement entrain de rentrer d'une de mes soirées bien arrosées, tentant désespérément d'oublier Renee, je me suis faite agresser. Enfin, "agresser" est un grand mot, étant donné que le pauvre n'a pas eu le temps de me toucher. Oui, je l'ai étalé. Méchamment. En même temps, il ne pouvait pas savoir à qui il avait à faire. Bref. Batman a dû être attiré par les cris de fillette du voleur, puisqu'il a fait une apparition. J'ai lamentablement trébuché à cause de l'alcool, mais comprenant la situation, il m'a aidé à me relever puis a disparu aussi vite qu'il n'était apparu. Et alors qu'il s'éloignait pour répondre au bat-signal qui bravait le ciel, j'ai eu comme une sorte de révélation. Ce signal lumineux était un appel aux armes.
Avec ma brève expérience de cadet, l'enseignement de mes parents et mes compétences physiques et intellectuelles, j'ai commencé à moi aussi combattre le crime. Je me suis montée un quartier général de fortune, et ai volé pas mal de matériel sur des bases militaires grâce à mon nom. J'agissais anonymement, dans l'ombre, utilisant principalement des tactiques militaires, du gaz et des fumigènes pour pouvoir m'attaquer seule à des groupes de criminels. J'ai continué mon manège quelques mois, avant que mon père ne découvre le pot aux roses. Il était furieux, mais je n'ai pas plié. Je voulais continuer ce que je faisais. Après quelques jours de silence radio, le colonel a finalement pris la décision de me soutenir. Sous l'unique condition que je subisse un entraînement intensif de trois ans. L'énorme réseau de contacts de mon père a fait le reste. Et j'étais partie. »
BATWOMAN - TÉMOIGNAGE DU COLONEL JACOB KANE.
« Durant son entraînement, j'ai secrètement commencé à construire un quartier général digne de ce nom. Je voulais le meilleur pour elle, et j'ai peu à peu fait transférer tout le matériel nécessaire à sa vie de justicière masquée. Les véhicules, les armes, l'arsenal, le costume... Tout a été choisi par mes soins. Je souhaitais non seulement lui en faire la surprise, mais également participer à ses futures interventions, afin de garder un œil sur elle. Depuis lors, elle officie en tant que telle et collabore parfois avec d'autres héros masqués.
Batwoman était née. »